Madagascar: 13 mai 1972, la deuxième indépendance

par feeld  -  14 Mai 2012, 05:44  -  #Madagascar

Samedi 13 mai 1972, des milliers de manifestants se rendent sur la grande place de l’Hôtel de ville de la capitale Antananarivo pour réclamer la libération d’étudiants arrêtés et envoyés au bagne. Ils luttent pour la démocratisation de l'enseignement et la fin de l'hégémonie de la langue française. Les FRS, Forces Républicaines de Sécurité, tirent à balles réelles depuis les ouvertures de la Mairie. Après plusieurs heures d'affrontements à main nue, l' Hôtel de Ville finira en cendres. Il y eut 40 morts et de nombreux blessés.
 
« On sentait que l’indépendance octroyée en 1960 n’était pas une vraie indépendance... qu’il y avait à conquérir une espèce de deuxième indépendance* et faire valoir l’identité malgache dans tous ses sens » explique Henri Rahaingoson, alors enseignant & syndicaliste soutenant le mouvement des étudiants.
 
« C'était le 13 mai 1972 qu'une descente dans la rue avait abouti, pour la première fois dans l'histoire du pays, à la chute du pouvoir... Et cela fait quatre fois que cette démarche a connu un succès depuis 1972. Si nous effectuons une analyse politique, la place du 13 mai est donc incontournable pour destituer le régime... » explique le sociologue Paul Rabary.
 
  • en 1972 contre la 1e République de Philibert Tsiranana, 1e Président de 1959 à 1972
  • en 1991 contre la 2e République de Didier Ratsiraka, 4e Président de 1975 à 1993
  • en 2002 contre Didier Ratsiraka, 6e Président de 1997 à 2002
  • en 2009 contre le Président Marc Ravalomanana, 7e Président de 2002 à 2009

Depuis 40 ans, la place du 13 mai n’arrête pas d’embarrasser les dirigeants successifs qui se gardent bien de commémorer les « évènements »...

Les 12 & 13 mai 2012, les opposants d'Andry Rajoelina, président de la HAT, principalement la mouvance Ravalo­manana se sont manifestés pour célébrer le 40e anniversaire des événements du 13 mai 1972.

*« L’expression de "deuxième indépendance" correspond à une formule de la rue, contemporaine des faits et passée dans la mémoire collective desTananariviens. Elle se réfère à l’hostilité suscitée au sein d’une partie de la société malgache par le processus contractuel ayant débouché sur la proclamation officielle de l’indépendance, le 26 juin 1960. » Mai 1972: la deuxième indépendance malgache, Didier Galibert, historien & anthropologue.