La responsabilité politique dans la crise requins à la Réunion

par feeld  -  23 Juillet 2013, 17:13  -  #Sharks

Spot Boucan Canot #1

La Réunion. Une note interne de la mairie de Saint-Paul en date du 22 décembre 2008 à destination des maîtres nageurs sauveteurs de la commune a été uploadée ce jour sur le web par un citoyen lanceur d'alerte anonyme. On peut y lire que:

 

 

« Nous (la commune ndlr) avons, à cette occasion, saisi Mr le sous-préfet de Saint-Paul qui nous a répondu que la mise en oeuvre d’un plan d’alerte départemental serait susceptible d’alimenter la psychose du danger requin alors que le risque demeure faible et qu’il appartient au Maire de prendre les mesures adéquates de police des baignades dans sa zone de responsabilité.

Compte tenu de ce qui précède, nous vous informons que nous n’envisageons pas de prendre des mesures permanentes d’information du public face au risque requin.

C’est ainsi qu’en l’absence d’information sur la présence de requin aux abords ou dans une zone de baignade surveillée à un moment donné, votre responsabilité ne saurait être engagée si la flamme verte est hissée. »

 

 

Un protocole municipal d'alerte

Les maîtres nageurs sauveteurs se posaient la question de leur responsabilité professionnelle en cas d'attaque d'un baigneur par un squale dans les zones surveillées. Un protocole d'alerte est détaillé dans cette note à mettre en oeuvre en cas de signalement de requins:

  • drapeau rouge: « Dans l'hypothèse où la présence de squales vous serait signalée par un nageur ou en cas de doute sérieux ou enfin de présence avérée de requins. »
  • drapeau orange: « Dans le cas où l'information nécéssiterait votre confirmation »

 

La note indique également le devoir de pratiquer par suite « des reconnaissances régulières de la zone de baignade au moyen des engins nautiques », de faire « immédiatement part au CROSS, aux sapeurs-pompiers et à la brigade nautique de gendarmerie de vos observations ou témoignages et des mesures prises en la circonstance. »

La note précise enfin: « Passé un délai de 48 heures et en l'absence de nouveau signalement de présence de requins, la flamme verte devra de nouveau être hissée si, bien entendu, les conditions de mer ou autres le permettent. Enfin, l'information du public dans ces situations doit rester particulilèrement mesurée et en aucun cas alarmiste. »

 

Le contexte "historique" de cette note

En 2006 et 2007, deux attaques se produisent à Boucan Canot sur le territoire de la commune de Saint-Paul dans une période d'accalmie depuis 2000. Seulement 7 attaques ont eu lieu entre 2000 et 2008 à la Réunion dont une fatale en 2006 à Saint-Pierre. Une accalmie qui fait suite à une décennie particulièrement meurtrière.

 

Un upload dans le but de destabiliser la mairie de Saint-Paul? Parlons de Saint-Pierre

Le ton du courrier du mystérieux citoyen lanceur d'alerte qui accompagne l'upload de cette note est particulièrement virulent envers l'Etat et la députée-maire de Saint-Paul.

Un citoyen pas si anonymous que ça puisqu'il signe son courrier par cette dernière phrase: « Dont copie à tous les médias, au procureur et à Monsieur Thierry ROBERT »

Entre 2000 et 2006, la ville de Saint-Pierre est frappée par quatre attaques dont trois sur des riders. Aucune autre attaque n'est à déplorer alors dans le reste de l'île.

L'attaque mortelle de 2006 s'est passée à la Pointe du Diable, spot réputé dangereux de Saint-Pierre. Trois attaques y ont été recensées (1988, 2004 et 2006) et le Pic est alors interdit à la pratique des sports nautiques par l'arrêté municipal n°47/PG/96.

 

 

« On dénombre à la Réunion, 1 attaque de requins pour 20 à 25 noyades ; contre 1 attaque pour 1000 noyades aux Etats-Unis. La Réunion comparée à d’autres sites mondiaux, semble statistiquement être une zone à haut risque requin

 

« Force est de constater en 2006, que la Réunion est hautement concernée par le risque requin, et Saint Pierre tout particulièrement. Il est possible de prédire que d’autres attaques de requins surviendront très probablement sans que l’on puisse dire où et quand cela se produira. Il est donc impossible de nier plus longtemps cet état de fait. C’est pourquoi les Réunionnais et les institutions doivent nécessairement apprendre à gérer ce risque. C’est l’objet de la présente ébauche de plan gestion du risque requin. »

 

Plan de gestion du risque requin à Saint-Pierre, mai 2007

 

Selon le plan de gestion du risque requin à Saint-Pierre de mai 2007, la ville est alors la commune la plus touchée par les attaques de requins. Cette étude proposait des solutions pour sécuriser les spots et donnait des pistes pour la prévention des attaques (panneaux de signalisation...).

 

JIR du 21 août 2006Dossier de presse 2006 relatif à l'attaque mortelle du 20 août 2006 à Saint-Pierre

 

Le 23 avril 2013, un surfeur se serait "fait lever" de sa board sur le spot La Jetée devant le port de Saint-Pierre. Un panneau signalant le risque requins a été aussitôt mis en place face au spot mais il a été retiré quelques jours plus tard par la commune...

 

La mairie de Saint-Paul dénonce une manoeuvre politique

Après la publication de cette note interne, la commune a réagi illico et a dénoncé dans une conférence de presse ce soir « une campagne de désinformation en pleine crise requins et à quelques mois des élections municipales ».

 

 

« A l'époque il n'y avait pas eu toutes ces attaques et cette note n'a rien d'exceptionnelle. C'est une note interne, qui reflète le fonctionnement normal des services. Un membre du personnel avait vu des surfeurs dans une eau un peu boueuse et s'était inquiété du danger. C'est de là qu'est partie cette note. Mais je le répète, à l'époque il n'y avait pas tout ce qu'il y a aujourd'hui.

Certaines personnes utilisent cette note pour démolir tout ce qui a été fait depuis.

Depuis 2011, nous sommes la seule commune à avoir vraiment pris en compte le risque requins, en mettant place des actions concrètes pour le faire diminuer. »

 

Un adjoint de la commune de Saint-Paul, source: *Imazpress

 

  « Amnésie collective » ou  politique du déni?

Attaques de requins à la Réunion depuis 1980 #1En 2011: 7 attaques dont 2 mortelles

 

Seulement 7 autres attaques ont été répertoriées avant 1980 dont au moins 5 mortelles: 1975, 1972, 1939, 1913, 1912, 1912, xxxx.


 

En 2012, une publication de la Préfecture expliquait que « le risque requin a toujours été présent à La Réunion » mais que « la longue accalmie de la décennie 2000 » pouvait expliquer « le relatif désintérêt, voire l’amnésie collective, envers les attaques de requins.»

 

Le 9 mai 2013, au lendemain de l'attaque mortelle sur un touriste à Saint-Gilles, on pouvait encore lire sur le site de l'IRT (Ile de la Réunion Tourisme):

 

IRT 9 mai 2013 #1 

Updapte: La pratique du surf et du bodyboard est devenue hors-la-loi par l'arrêté préfectoral n°1390 du 26 juillet 2013 en vigueur jusqu'au 1er octobre 2013. La baignade hors lagons et zones surveillées est également visée par cet arrêté. Les maires des communes litorales de La Réunion procèderont à son affichage en mairie et sur les zones surveilleés, du coup, des panneaux fleurissent un peu partout.

 Panneau Saint-Pierre 9 août 2013Saint-Pierre du côté du Spot des Archers, 9 août 2013

 

Photo d'illustration en tête d'article: Boucan Canot, commune de Saint-Paul

A lire sur mon blog: Les requins à La Réunion, mythes et réalité

Avis aux touristes: vous pouvez vous baigner sans crainte dans les lagons de La Réunion!