Mayotte : « La bataille de Dzoumogné »

par feeld  -  27 Octobre 2011, 19:39  -  #Mayotte

Mayotte. Un mois après les premières manifestations contre la vie chère, la grève illimitée est devenue révolte. D'un côté les revendications syndicales et associatives rythmées par le chant des bouénis, de l'autre la violence. Celles des forces de l'ordre et des jeunes. Barrages, barricades, jets de pierres, agressions... la jeunesse brise l'apartheid social entre Révolution à la française et Intifada.

Plutôt que d'écouter ce cri du désespoir, le gouvernement français a choisi sa voie: passivité et violence d'Etat.

 

Sans vous parler de l'affaire Roukia, une jeune Mahoraise décédée d'une overdose en janvier, qui a mis à mal la crédibilité de la gendarmerie à Mayotte, bien avant que n'éclate « la révolte des mabawas ». Sans vous parler de la violence de la PAF, la Police aux frontières (ici et et et là et là...). Sans vous parler d'un tir de flash-ball dirigé vers un enfant de 9 ans...

 

« La bataille de Dzoumogné » du mardi 25 octobre a démontré une fois de plus que l'Etat ne voulait pas perdre la face. Que l'autorité de l'adulte quoi qu'il fasse... devait être respectée. La jeunesse est l'avenir de l'Homme.


Photographie: Albalad Mayotte


« ... S’offre à nous une scène de complète désolation, une foule de pierres et d’autres projectiles en tous genres jonchent le sol, la bataille des forces de l’ordre pour libérer la route du pont a du être terrible... Un groupe de jeunes se reforment derrière nous au niveau du pont. De l’autre côté, quatre fonctionnaires de la gendarmerie mobile, en tenue complète progressent avec calme et détermination en direction des jeunes encagoulés... Ils finissent par revenir en force, une file de camion se dirige vers le pont, mais au-delà un arbre énorme leur barre la route. La bataille durera encore quelques heures... » par Adrien Theilleux & Philippe Dapvril sur Albalad Mayotte.

 

« Les sapeurs-pompiers ont dû livrer par bateau la nourriture du personnel hospitalier coincé dans la commune. "C’est un no man’s land", nous a confié une source. » a indiqué Mayotte Hebdo.

Mardi sur les ondes de Kwezi FM, un parent s'indignait de la présence de grenades lacrymogènes dans la cour d'une école maternelle de Dzoumogné.

 

La rumeur à Dzoumogné, qui est maintenant vérifiée, avait fait état d’un nouvel enfant blessé par un tir de flash-ball mardi 25 octobre. On le sait maintenant, il s'agit d'un adolescent de 14 ans blessé à la mâchoire. La préfecture a assuré mercredi qu'il avait été atteint par "un projectile" non identifié mais pas par un tir de "gomme-cogne", comme l'affirmait une source hospitalière. Le jeune avait été transporté en hélicoptère à Mamoudzou.

 

Le préfet a demandé une enquête. Encore un événement qui a enflammé un peu plus les esprits.


  Dzoumogné se situe dans le nord de Mayotte.


« Avec des tronçonneuses, les gendarmes tentent de dégager la route, une dizaine de troncs d'arbres et bambous ont été érigés sur la chaussée. Nous sommes à Dzoumogné, au nord de Mayotte, où des échauffourées éclatent entre des jeunes Mahorais et des forces de l'ordre. Des centaines de projectiles sont envoyés par les casseurs, des boules de pétanque parfois. Les gendarmes répliquent à coup de flash-balls. Une voiture a été incendiée, elle est dégagée immédiatement. Plus de 80 gendarmes ont été envoyés sur place, mais l'affrontement dure et ils sont à cours de munitions et de gaz lacrymogènes. A la mi-journée, ils sont en train de quitter les lieux. » peut-on entendre dans le reportage d'Antenne Réunion du 25/10 (Linfo.re)

 

Le lendemain, la situation à Mayotte est devenue incontrôlable.

 

Mercredi après-midi, près de Mamoudzou, c'est dans une île en sédition, que l'hôtel Le Trévani (au minimum 99 euros la chambre individuelle...) a été attaqué par une bande de jeunes qui avaient érigé deux barrages à proximité.

« Les clients ont bouclé leurs bagages en catastrophe pour embarquer avec le personnel vers le large, le temps que la situation se calme. Les affrontements se prolongeant, tous ont été finalement rapatriés vers Mamoudzou en catamaran. » rapportait ce vendredi Albalad Mayotte.

 

Un prof écrivait mercredi sur son blog: « Certains parlent de partir, d’autres sont déjà partis et d’autres encore s’organisent en milice d’auto-défense...»

 

Pour Marie-Luce Penchard, ministre de l'Outre-mer, « le mouvement se radicalise, peut-être avec une centaine de jeunes. Nous sommes plutôt dans un schéma de violences urbaines. » reportait mercredi Mayotte 1ère par la voix de l'AFP. Rien qu'à Dzoumogné, ils étaient des dizaines selon les sources.

 

sources: Albalad Mayotte, Mayotte 1ère, Mayotte Hebdo, Kwezi FM, Linfo.re, Le Nouvel Observateur, Karibu Maoré, Al-watwan


A Saint-Denis de La Réunion, vendredi vers 17h00, un flash mob rob, pillage organisé, a eu lieu dans le quatier du Moufia. Une soixantaine de jeunes ont saccagé et pillé un Score express.

Déjà « Mercredi, il y a eu des jets de galets sur les voitures », raconte un riverain.
 
« Il y en avait de tous les âges. Des mineurs, des majeurs » a confié un employé.

Les vigiles ont été complètement débordés. La police, qui s'est déplacée, est restée impassible de peur de subir un caillassage en règle.

L'insécurité aux abords de ce commerce, avait déjà été signalée.  

Faut-il y voir des répercussions de la situation chaotique à Mayotte ?

Aucun média ne fait le lien, le quartier est réputé sensible.

Pourtant hier la violence est montée d'un cran dans la cité.

source: Clicanoo


 

Lire l'article sur LePost.fr     A lire sur mon blog: Mayotte dans le chaos (nouvelle url)