Vivre à Madagascar

par feeld  -  29 Février 2016, 14:35  -  #Madagascar

Préambule: Je me suis rendu à Madagascar la première fois en 2012 pour m'initier au kitesurf. C'était à Anakao, il y avait une seule aile sur le lagon au milieu des pirogues vezo, c'était la mienne. La crise requin débutée en 2011 m'avait sapé le moral, je me sentais à l'étroit sur ce petit caillou qu'est la Réunion, qui désormais tournait le dos à la mer. Je m'envolais alors pour la Grande Île. Le 19 février 2016, la PAF malgache a apposé un neuvième visa sur mon passeport. Le hasard de la vie a fait que j'ai posé mes valises à Mahajanga dans un quartier populaire excentré sur la route d'Antananarivo dans une case en tôle. Je vis maintenant à Madagascar au rythme des délestages de la Jirama...

Fenêtre de notre case principale

Fenêtre de notre case principale

semaine 1: sécuriser la case

Habiter une case en tôle à Madagascar dans un quartier populaire d'une grande ville, ça ne s'improvise pas. Pose de verrous, grille de protection et barreau en palissandre à chaque fenêtre, pose de trois verrous à la porte d'entrée, pour 86 000 fmg soit 17 200 ariary sans compter les grilles de protection que nous avions déjà.

Le loyer de la case deux pièces, en fait deux cases collées avec entrée commune est à 100 000 ariary par mois sans la Jirama. On partage la facture d'eau et d'électricité avec la case en face, car on a les compteurs d'eau et d'électricité en commun.

 

semaine 2: l'armoire trois portes en palissandre, se débarrasser du rat

Depuis mon arrivée, je vis avec un énorme rat gris qui toutes les nuits me nargue. J'ai déjà vécu dans cette case, il y a avait des rats noirs qui couraient sur les poutres le soir. A l'époque, la case voisine était occupée par une famille. Maintenant que nous avons loué les deux cases, tout nettoyé, les rats noirs ont disparu. Mais un gros rat gris continue à nous importuner tous les soirs: il a volé un savon, un morceau de fil d'enceinte d'ordinateur... il est très joueur. Ce qui ne pose pas de problème pour ma compagne, comme si ce rat était sacré, comme si un être humain s'était transformé en rat. Il viendrait même selon elle, spécialement pour moi! J'ai plus peur des rats, la peste est endémique à Madagascar, et des moustiques, en raison du neuropaludisme, que des dahalo armés de kalachnikov... J'ai acheté deux pièges rats, tsipikam-boalavo. Au bout de quatre jours de traque, le rat qui se fait maintenant plus discret, erre toujours, il a même réussi à s'emparer de l'appât, une tête de crevette, sans se faire prendre en bougeant les tapettes pour actionner le mécanisme. Je savais les rats intelligents et les rats malagasy le sont particulièrement.

Les voisins démontent la case

Les voisins démontent la case

En début de semaine, après avoir acheté les tsipikam-boalavo, nous avons investi dans une armoire trois portes en palissandre, avec miroir, le summum ici. A Madagascar, tu achètes des meubles en palissandre moins cher qu'en contreplaqué en France... Le problème c'est que ma femme a eu les yeux plus gros que le ventre et il a fallu démonter la case en tôle de nuit pour faire rentrer l'armoire. Le quartier était en effervescence à la vue de l'armoire qui arrivait en pousse-pousse. J'ai passé la soirée avec la machette à portée de main, alors que pas moins d'onze hommes transportaient le meuble à l'entrée de la case. Il a fallu deux heures pour démonter et remonter la façade en tôle, avec en prime une coupure de la Jirama. Un truc de malade!

En attendant le rat rôde toujours... Enfin, c'est ce que je croyais car je viens d'apprendre que la voisine de la case d'en face a tué la bête "à la malgache", en insérant du poison dans une tomate coupée en deux. J'ai laissé mes deux tsipikam-boalavo pour la nuit, mais ça sent vraiment trop la crevette dans notre case à côté qui nous sert de salon. Alors s'il n'y a pas de prise cette nuit, c'est que notre rat gris est bien mort.

Il n'y a pas que le rat qui est mort la nuit dernière, la vieille dame d'à côté aussi. Et cette nuit c'est veillée mortuaire, on a cotisé comme le veut la tradition pour offrir le café à tout le monde. Les chants mortuaires vont nous bercer toute la nuit...

 

semaine 3: moramora, la morsure de la scolopendre

La semaine se passe tranquille, je me repose un peu, maintenant que l'unique rat qui me terrorisait est mort, je dors mieux, la tête scotchée au ventilateur. Nous nous organisons pour parer l'arrivée d'autres rats. Nous nourrissons de temps en temps les trois chats errants du quartier avec les restes de poisson pour qu'ils viennent régulièrement chasser. Les autres déchets alimentaires sont mis dans un seau suspendu destiné aux cochons d'un habitant du quartier. Nous brûlons les déchets non toxiques. Le métal, le pastique est mis dans un vieux sac de riz, qu'un habitant du quartier vient chercher toutes les semaines pour le vider sur le terrain de son frère après j'imagine un tri sélectif car tout se récupère à Madagascar.

Il fait très chaud à Mahajanga, 37°5 à l'ombre enregistré en décembre par la météorologie locale. C'est la saison des pluies, l'été austral, mais il n'a plu qu'une seule journée depuis deux semaines, un vrai déluge, je n'ai pas acheté de thermomètre, objet inutile. Quand il fait trop chaud sous la tôle, on prend l'air au bord du canal du Mozambique. Et puis c'est semaine d'examen professionnel pour ma compagne, alors entre deux épreuves, c'est moramora. La cuisine, la lessive, le ménage, le bricolage dans la case occupent le quotidien. Cuisine au fatapera, lessive à la main, douche dehors. Pas besoin de chauffe-eau, l'eau sort tiède du robinet.

Le seau à cochons, la douche & les toilettes en arrière-plan

Le seau à cochons, la douche & les toilettes en arrière-plan

Moramora, enfin pas tout à fait. Jeudi 10 mars au soir, alors que je pousse la porte de notre douche en plein air, je ressens une vive piqûre d'une douleur intense à l'index droit. Je pense immédiatement aux scorpions que j'ai croisés auparavant dans la cour, et même dans notre case. Je panique, ma compagne aussi, déjà piquée par le passé. Je reprends mon calme et applique ce que j'ai lu sur le web: chauffer la peau au dessus de la piqûre sans la brûler pour éliminer le venin. Et nous partons aussitôt à l'hôpital en bajaj. Le médecin de garde me fera une piqûre d'hydrocortisone. Le lendemain, après une nuit agitée je suis rétabli mais bien fatigué. En surfant sur le web, je m'aperçois que l'animal qui m'a piqué ou plutôt mordu en réalité, est une scolopendre car il y avait un point noir au centre de la morsure. Elle était probablement sous la pierre qui maintenait la porte de la douche.

Scolopendre de Mahajanga

Scolopendre de Mahajanga

semaines 4 & 5: va-et-vient

Je dois retourner à la Réunion quelques jours pour gérer mes affaires car ma vie continue aussi là-bas. Je suis venu avec un simple visa non-immigrant de 30 jours. Avant de partir, nous sécurisons l'entrée du palier de nos deux cases, pour retarder l'intrusion d'éventuels dahalo car je dois laisser ma compagne seule pendant une semaine: doublage des charnières de la porte et de la grille en bois. Je n'ai pas d'outils sophistiqués, et c'est avec une vieille égoïne que je coupe les planches. Les trous dans la porte sont faits avec une vrille. Il faut planter des clous dans les poutres pour la fixer, ils se tordent, il faut les retirer au pied-de-biche et recommencer. Il nous faudra deux jours pour faire le doublage de la grille en bois.

Je passe quelques jours à la Réunion, il faut beaucoup moins chaud qu'à Mahajanga! Le contexte est particulier, des djihadistes ont attaqué Bruxelles. A peine arrivé, je repars sous haute surveillance, des moyens supplémentaires ont été déployés à l'aéroport Roland Garros.

Je rentre à Madagascar avec un nouveau visa de 30 jours...

Aéroport de la Réunion, 23 mars 2016

Aéroport de la Réunion, 23 mars 2016

Bref, je suis de retour à la case mais peut-être pas pour longtemps. “La maison ne serait pas bonne pour un couple” a dit le sorcier sur la route de Mampikony. Car vivre à Madagascar, c'est aussi s'exposer à des codes qui sont à mille lieux des miens. Pourtant le soir, j'ai pris l'habitude de poser un broc à eau devant la porte à l'intérieur de la case, l'eau aurait un pouvoir de protection contre les dahalo qui voudraient endormir leurs victimes avant de pénétrer dans leur demeure. Rituel que j'avais trouvé hallucinant lors de mes premiers voyages mais que je fais maintenant tous les soirs, un peu comme ma mère qui touche instinctivement du bois pour se protéger du mauvais sort. On erre ainsi à Madagascar dans une folie douce et ordinaire, folie partagée y compris par les plus hauts dignitaires de l'Etat. D'ailleurs, dans la loi malgache, la sorcellerie est punie par le code pénal quand elle perturbe l'ordre social. Dans le grand sud, un célèbre chef dahalo, Remenabila, transformerait même selon des témoins les balles de kalachnikov de l'armée en gouttes d'eau... Nous avons donc visité le sorcier malgré mes réticences, je savais à l'avance ce qu'il dirait, mais ça c'est une autre histoire... Nous avons dormi pour l'occasion à Ambondromamy, ville carrefour à la croisée de la RN4 Antananarivo-Mahajanga et la RN6 Antananarivo-Antsiranana. Il nous faudra quand même 6 heures de route pour faire une bonne centaine de km pour regagner Mahajanga, les taxis-brousse tombaient en panne les uns après les autres.

Cette semaine, je me suis retrouvé ausi avec une kalachnikov à 20 cm de la tempe, lorsqu'un militaire corrompu s'est baissé pour voir mon visage dans un bajaj, j'ai rencontré un vazaha aigri qui regrettait l'ère Ravolamanana, pourtant antifrançais..., enfin une semaine ordinaire à Madagascar.

semaine 6: sur la route de Mampikony

Le passage par la Réunion a été très court, une semaine à peine. J'y ai retrouvé ma tour de gamer, mais pas pour longtemps: après 1 mois d'inactivité, elle m'a lâché au redémarrage, un tour par le bios, il semble que ce soit l'alimentation, un problème de survoltage, je n'ai pas eu le temps de la réparer, on dirait que je ne suis plus addict... Je suis passé voir le toubib pour avoir une prescription d'Atovaquone/Proguanil, le générique de la Malarone pour terminer la saison des pluies car pour mon premier trip un autre médecin m'avait fait flipper au sujet du neuropaludisme et m'avait prescrit de la Doxycycline, un antibiotique au prix très économique. Mais sous le soleil de Mahajanga, évidemment le médoc hyperphotosensibilisant m'a couvert de boutons, j'ai donc arrêté très vite le traitement.

Quelque part sur la route de Mampikony

Quelque part sur la route de Mampikony

semaines 7 & 8: la voie du mpisikidy

J'avais arrêté ce journal le 4 avril, je le reprends deux mois plus tard à la Réunion à la veille de mon troisième et dernier round qui mettra fin à mon congé professionnel. Pendant ces deux semaines, nous avons suivi les dires du mpisikidy rencontré sur la route de Mampikony et cherché un logement dans le centre ville de Mahajanga .

Graffiti à la craie sur une tôle dans ma rue: littéralement, le célèbre voleur de pain

Graffiti à la craie sur une tôle dans ma rue: littéralement, le célèbre voleur de pain

En vain... Il faut débourser 800 000 ariary par mois, un bon 200 € pour un appartement sur Mahajanga-Be, c'est bien au-dessus de nos moyens, d'ailleurs je me demande qui peut louer à ce prix à part des retraités vazahas... A Madagascar, le salaire minimum pour un manoeuvre tourne autour de 145 000 ariary par mois soit 1,5 $ par jour, bien en-dessous du seuil de pauvreté international. Avec un baccalauréat en poche, une maîtrise parfaite du français et de l'expérience, un jeune Malgache pourra prétendre à un salaire « très attractif », 400 000 ariary par mois, un peu plus de 100 € dans un call center de la capitale. Un professeur en contrat local gagne environ 1 million 500 000 ariary. Il fallait donc rester pour l'instant dans la case en tôle.

Madagascar, c'est la course à l'argent. La misère... La Grande Île est le cinquième pays le plus pauvre au Monde selon le FMI. Contrairement aux idées reçues, la vie y est très chère. Et dire que l'on peut y vivre comme un pacha avec un RSA touché depuis la Réunion ou la Métropole relève du mythe. Tout est payant quand tu es vazaha, le moindre service. J'ai même du payer un chauffeur qui m'avait pris en auto-stop pour quelques km sur la route de Mampikony. La misère...

La misère crée un sentiment d'insécurité surtout à la nuit tombée. Les Malgaches me disent qu'il ne faut faire confiance à personne, qu'il faut se méfier des dahalo plus actifs pendant la saison des pluies, de son voisin qui peut user de sorcellerie. On ne doit jamais annoncer son programme et toujours débarquer par surprise car le mal est soit-disant partout. Il faut faire attention à son verre, à ce que l'on mange, surveiller son linge, éviter les embrassades … de peur d'une poudre empoisonnante ou maléfique. Et même les poignées de mains: j'ai croisé un monsieur dont la main avait gonflé, il est maintenant handicapé : la maladie, le handicap, l'accident sont trop souvent interprétés par la sorcellerie. A force, la méfiance vous ronge au plus profond. Je ne crois guère aux pouvoirs des sorciers, cela relève pour moi de l'ethnopsychiatrie mais ne pas se méfier, c'est faire fi des traditions malgaches. Alors il faut mettre de côté ses propres croyances, et ne pas contredire le Malgache qui vous raconte qu'ici les balles des kalachnikov peuvent se transformer en gouttes d'eau. Sans parler des fady... A la fin de mon deuxième round, je me sentais à la limite du ko. Je repartais à la Réunion cette fois pour un long repos, il me fallait prendre du recul sur un Monde dont je ne faisais pas partie.

Demain à l'aube, je prends le Z'éclair direction Madagascar pour deux mois... Mais avant j'ai eu le temps de voir quelques morceaux cette nuit de The Dizzy Brains à Saint-Pierre, du bon vieux punk old school made in Madagascar et c'était gratos...

semaine 9:​ Panem et circenses

De retour à Mahajanga. Cette fois, je reste 58 jours, le premier trip de cette année avait duré 27 jours, le deuxième 26. C'est avec un visa non-immigrant de moins de 60 jours à 100 000 ariary que je rentre à Madagascar. Pour ces 3 voyages, je suis passé par Mayotte avec un vol combiné Air Austral-Ewa Air. Le prix est hallucinant pour la distance, Air Austral et sa filiale étant quasi seuls sur cette destination suite aux déboires de la compagnie nationale malgache mais ce combiné permet d'arriver à Mahajanga en une journée. Passer par Antananarivo revenait quasiment au même prix, un chouilla moins cher, si on ajoute aux vols, les nuits d'hôtels, la bouffe, le transfert aéroport et le taxi-be aller-retour pour Mahajanga après une éprouvante traversée de 550 km. Après ces deux mois, je reprendrai le taff pour 6 mois à la Réunion en attendant d'être de nouveau en congé. C'est le bonheur de pouvoir être en mi-temps annualisé, gagner moins pour profiter plus.

Eliminatoires de la CAN 2017 au stade Alexandre Rabemananjara de Mahajanga

Eliminatoires de la CAN 2017 au stade Alexandre Rabemananjara de Mahajanga

J'ai retrouvé ma bien-aimée et ... notre case en tôle. Pendant mon absence une prise électrique a lâché. J'en ai achetée une nouvelle chez un Karane, galéré ensuite pour ouvrir la bête à cause d'une vis récalcitrante. Je suis retourné voir le commerçant indo-pakistanais pour trouver un tournevis adapté à la vis rebelle. Mes outils sont restés en Métropole, j'ai émigré à la Réunion muni d'un unique sac à dos et d'une guitare sèche en 2009. Alors c'est la débrouille, et mon couteau suisse a fait l'affaire pour terminer l'installation sans m'électrocuter. Tout le circuit électrique tient en un seul fil dans les cases avec un disjoncteur chez le voisin sans armoire coupe-circuits. Les dérivations pour les prises, les néons et ampoules se font par des dominos. Les prises électriques sont démultipliées par des multiprises mobiles, autant dire que l'installation n'est pas aux normes comme on dit, si toutefois la notion de normes existe à Madagascar, je ne sais pas, et bien sûr il n'y a pas de “terre”. Ce matin même, j'ai été réveillé par une odeur de cramé, un dimanche à 6 heure 30..., ma compagne a grillé une multiprises avec son sèche-cheveux.

... et notre fatapera dont je me sers désormais à merveille. Cette semaine nous avons mangé des bananes frites que le bananier de la cour nous a donné. Nous avons cuisiné des crevettes et des mérous du bazary Mahabibo, marché couvert de Mahajanga. Des brochettes de zébu... Un régal ! Je me suis même risqué à boire de l'eau du robinet sans tomber malade. La viande et les produits de la mer sont d'une qualité remarquable. Par contre les légumes sont parfois un peu rabougris, pas grand chose ne pousse dans la savane de Mahajanga, ils viennent le plus souvent de la capitale, et il faute vite les cuisiner à cause de la chaleur. Bref, c'est un plaisir de prendre son temps à faire le marché et cuisiner à Madagascar.

... et ces rats qui sont malins comme des singes.

L'événement de cette semaine à Mahajanga, c'était le football. Tout d'abord, dimanche 5 juin, l'élimination de Madagascar de la Coupe d'Afrique des Nations, la CAN 2017, face à la R.D.Congo. Les Baréa se sont pris un 6-1 à domicile face aux léopards sur la pelouse synthétique du stade Alexandre Rabemananjara de Mahajanga. Ensuite le lancement de l'Euro retransmis sur TVM, la télévision nationale malgache, ce qui doit coûter un bras au pays. “Panem et circenses”, du pain et des jeux et le peuple sera content. Encore faut-il que le Malgache dispose d'une télévision et surtout les ariary pour payer lui même son pain riz et la Jirama...

semaines 10 & 11: Je suis Mahamasina

Toujours dans notre case en tôle dans notre quartier populaire. C'est pour ma compagne que ça pose problème à cause du voisinage : les poudres magiques toujours, la peur d'être volée, la peur d'être tuée par simple jalousie de l'entourage ou par un raid de dahalo. Quant à moi, j'ai posé mes sabres, j'en ai trois, de tailles différentes des pures merveilles, sortes de longs couteaux de boucher. Les lames ont une forme orientale et ont la marque “crocodile”. Je les ai achetés chez un karane pour un prix modique. Ils sont bien plus légers et maniables que les sabres à couper la coco, ou les sabres à canne des Réunionnais. Mon préféré est celui qui a la lame la plus courte. Son manche est maintenant tanné par l'usage, il nous sert surtout pour couper le bois pour le fatapera... Ma compagne a presque terminé ses examens de formation, et continue à coiffer occasionnellement à la case en attendant un jour, d'ouvrir son salon sur la route, ou mieux en centre ville. J'essaie de la guider, mais la communication est parfois difficile, les conseils du vazaha sont souvent interprêtés comme des tentatives pour la rabaisser et lui rappeler sa condition de Malgache, compréhensible quand on connaît l'histoire des liens douloureux entre Madagascar et la France. J'ai tout de même réussi à lui faire comprendre qu'il était mieux de poursuivre une formation qualifiante, puisque j'avais la possibilité de la financer, plutôt que de se faire exploiter pour 100 000 ariary en travaillant pour un autre, ou en vivotant dans le secteur informel en gagnant à tout cassé 5000 ariary, 1€50 par jour à peine.

Quant à moi, je tourne un peu en rond. Il n'y a pas grand chose à faire à Mahajanga. Moi qui suis adepte des sports nautiques, je suis un peu frustré quand je repense à ma semaine de kitesurf passée à Anakao en 2012. Il n'y a pas de barrière de corail dans le secteur et le plus souvent les Malgaches ne font que trempette dans le canal du Mozambique. Il n'y a pas de cinéma non plus, il s'est éteint avec l'indépendance, le bâtiment est toujours debout. Quelques rares animations sont organisées par la municipalité et l'Alliance Française. Nous sommes allés voir une pièce de théatre en français jouée par une troupe de marmailles amateurs samedi après midi. Le français est au même titre que le malgache, langue officielle à Madagascar.

26 juin 2016 à Mahajanga, la jeunesse défile au pas

26 juin 2016 à Mahajanga, la jeunesse défile au pas

Juin c'est le mois de festivités, après la fête des pères, la commémoration de l'indépendance de Madagascar le 26 juin 1960. Une kermesse est ouverte en centre ville, sorte de compte à rebours en attendant l'événement. L'entrée coûte 200 ariary, la moitié d'un ticket de bus, on peut y jouer, manger et boire comme toute kermesse. L'entrée est gardée par des kalachnikov qui nous rappellent l'instabilité politique du pays.

Nous sommes à la veille du 26 juin. Pour l'occasion, nous nous sommes offerts un hôtel en centre ville afin de profiter de la soirée, il est dangereux de rentrer tard à la case, on pourrait nous attendre dans le “couloir”, c'est comme ça que les Malgaches nomment les ruelles ou chemins sombres excentrés. Nous avons choisi une bonne adresse, souvent occupée par des Mahorais de passage. Avec climatisation, idéal pour chasser les moustiques ! Et télévision satellite, ça nous change. Mais nous ne nous plaignons pas, nous avons internet à la case grâce au réseau satellite, merci au passage Orange Madagascar pour tes tarifs qui font que généralement “le jeune aisé” ne peut se payer que des forfaits facebook. Mais moi le vazaha, je peux m'offrir 15 go par mois pour un salaire magache... et la télévision avec antenne râteau dont l'image enneigée me rappelle les émissions cryptées aux premières heures de Canal+.

Un podium a été dressé devant la mairie. Nous, nous choisissons de prendre un bain de foule sur le front de mer pour y déguster des brochettes de zébu à 200 ariary en attendant qu'il y ait moins de monde à l'entrée de la kermesse. Puis nous nous rendons à la fête à pieds. A l'entrée, l'armée me salue bien, je suis le seul vazaha dans la kermesse. Tout se passe tranquille, jusqu'à ce qu'un mouvement de foule éclate. Plus d'une centaine de jeunes défilent au pas de charge à l'intérieur de l'enceinte, deux militaires débordés suivent le cortège. Un, deux, trois tours de kermesse à toute vitesse... Nous comprenons en interpelant un badaud que ce mouvement de foule a été déclenché par un vol de portable. Puis la manifestation sauvage s'arrête, chacun regagne sa buvette. Nous rentrons en pousse-pousse à l'hôtel, il est passé minuit.

26 juin 2016 à Mahajanga, les commandos de la Police Nationale

26 juin 2016 à Mahajanga, les commandos de la Police Nationale

Dimanche 26 juin au matin nous nous rendons au défilé très militaire. Les commandos de la Police Nationale sont impressionnants lorsqu'ils dépoient leurs cagoules face aux notables devant la mairie. Même les écoliers défilent au pas. Je demande à un militaire si je peux prendre des photos, pas de problème, c'est la fête aujourd'hui. Mais pas pour longtemps...

L'après midi nous regardons la huitième de finale France Irlande à la case sur TVM avec commentaires en français ! Pour l'occasion, nous dégustons un vin rouge de Fianarantsoa acheté en promotion à la kermesse, le Rouge Rubis du domaine de Mahitasoa, produit par la société Dzama, célèbre marque de rhum. Une pure merveille, ma compagne boit un verre et demi, moi j'achève la bouteille. La France gagne ! La bouteille de rhum Dzama Cuvée Noire Prestige en prend un coup. Nous retournons à la kermesse pour acheter une caisse de vin ! Mais la promotion est terminée, le stand Dzama a disparu. Nous rentrons à la case, je prends une bonne douche froide pour me réveiller un peu. Puis... Nous allumons le poste. Et là, la fête prend fin.

Une grenade artisanale a été jetée dans la foule à Antananarivo sur la pelouse du stade municipal de Mahamasina où se tenait un concert gratuit. Après la prestation de Jerry Marcos, célèbre chanteur de salegy et alors que la chanteuse Stéphanie préparait son entrée, vers 19 heures 15, heure locale, dans l'obscurité, une trentaine de minutes après le départ du président de la République Hery Rajaonarimampianina et en direct sur TVM, la télévision nationale ! Le bilan est lourd : 3 morts et presque une centaine de blessés. C'est l'avenir de Madagascar qui était visé, la jeunesse : ils avaient 14 mois, 16 ans et 21 ans ! Un triple attentat en fait : un autre engin avait été jeté dans la matinée dans le jardin d'Anosy face au Service des statistiques, une autre grenade dans la cour du Sénat la veille mais ces deux attentats parallèles n'ont pas fait de victimes.

Un unique homme a été arrêté aux abords du lac d'Anosy faisant partie d'un groupe de quatre terroristes. Il n'a pas lâché un mot, et plaide la folie. Le gouvernement parle d'attentat politique prémédité et désigne l'opposition. Le calendrier des événements est troublant. Madagascar est en pleine préparation du sommet de la Francophonie qui se tiendra ou pas dans la capitale où est attendu François Hollande en novembre. Un colonel-sénateur proche du clan Andry Rajoelina, Lylison René de Rolland est en cavale, poursuivi par le pouvoir pour avoir voulu organiser “une journée ville morte” à Antananarivo. Et le spectre de Marc Ravalomanana...

semaine 12: Ambondromamy, à la croisée de la RN4 & la RN6 - Mahajanga surveillé

Le lundi 27 juin, nous avons pris le taxi-brousse de 5 heure du matin direction Ambondromamy, la ville à la croisée de la RN4 et la RN6. Ma compagne avait besoin de revoir le devin, le mpisikidy. Là, nous retournons au petit hôtel dans lequel nous avions dormi en avril pour 10 000 ariary. Nous demandons la chambre qui lors de notre premier séjour était occupée par un gendarme. Elle coûte le double mais a plus de charme, ce qui est important quand on est en couple. Il est maintenant 10 heure, c'est la fin du délestage jusque 14 heures. Ambondromamy se trouve en brousse, l'électricité est coupée de 14 heure à 18 heure. Alors que ma compagne prend la RN6, la route de Mampikony, je branche notre livebox Huawei B660 de chez Orange Madagascar: au lendemain de l'attentat de Mahamasina, une troisième victime est à déplorer. Une grenade artisanale semble-t-il, dans des conditions similaires au 25 janvier 2014: après le concert de l'investiture du nouveau président de la République Hery Rajanarimampiania, une grenade avait été jetée sur la foule près d'une station de taxis à proximité du stade municipal de Mahamasina.

Je ne suis pas le bienvenu chez le mpisikidy, car il a remarqué, au travers de ses yeux bleu-vert, mon regard, disons occidental. Quoique, je lui ai fait passé un vin apéritif de Fianarantsoa pour me faire pardonner, qui lui a fait retrouver, paraît-il, mon estime. Ma compagne revient en début d'après-midi avec des sacs de feuilles, car notre devin est aussi médecin... Nous passons la soirée à l'hôtel, elle m'interdit formellement de sortir la nuit tombée car nous sommes en brousse.

Ambondromamy, vlle carrefour, halte des taxis-brousse; à la croisée de la RN4 & RN6

Ambondromamy, vlle carrefour, halte des taxis-brousse; à la croisée de la RN4 & RN6

Mardi, nous prenons la RN6, cette fois ensemble pour visiter la famille. Nous sommes reçus dans une petite case en bois installée sur une parcelle de terre rouge. Tata vit de ses cultures sur un terrain qu'elle loue assez loin de son habitation. Nous y irons lors d'un prochain séjour. Pour l'heure, nous ramenons avec nous tata en ville, à Ambondromamy, pour manger et lui racheter une paire de savates deux doigts comme on dit à la Réunion. Puis chacun reprend son chemin, tata la RN6 et nous la RN4. Après 3 heures 30 de route, Mahajanga est à 169 km d'Ambondromamy, le dos défoncé par la promiscuité et le mauvais état des sièges du taxi-brousse nous voilà rentrés au bercail, cette fois en une traite sans panne!

C'est la première fois que je sortais de Mahajanga depuis mon retour à Madagascar, et cette petite escapade de deux jours me fit le plus grand bien.

jeuneafrique.com, hebdomadaire panafricain créé en 1960

jeuneafrique.com, hebdomadaire panafricain créé en 1960

Comme je le disais les semaines précédentes, Mahajanga est une ville très calme loin de l'effervescence des soirées chaudes de Nosy-Be ou d'Antsiranana, Diego-Suarez. La ville est plus la Côte d'Azur des Merina d'Antananarivo qu'un repère de vazaha. Une ville tellement calme que je viens de lire sur jeuneafrique.com, premier magazine panafricain par son audience, réputé sérieux, qu'elle est sous surveillance par les services de renseignements français et américains en raison de la construction d'une dizaine de petites mosquées wahhabites... Une ville où selon eux, “de plus en plus de femmes portent le voile intégral”, ce que ne m'a pas sauté aux yeux.

semaine 13:​ A la recherche du cub Magic

Le couple de voisins qui vivaient collés à notre case en tôle est parti pour raison de mauvaise sorcellerie. Nous avions remarqué la présence de poudre dans notre salon, jeté visiblement au travers de la tôle de la petite pièce dans laquelle vivaient nos voisins, ce qui avait été confirmé par le mpisikidy la semaine précédente. La voisine est originaire de Tuléar, réputé pour la puissance de ses grigris. Poudres maléfiques contre charmes protecteurs, les femmes ne se parlaient plus. Un doigt pointé accompagné d'un “Je vais te tuer !” jeté à ma compagne, mit fin à la querelle de voisinage. Désigner une personne du doigt est très mal perçu à Madagascar. Après avoir hésité à porter plainte au bureau du fokotana, pour faire bref la mairie de quartier, ma compagne s'en alla voir son père, propriétaire du terrain. C'est ainsi que notre case s'est agrandie d'une pièce cette semaine. Notre loyer, du coup, passe à 700 000 fmg, soit 140 000 ariary par mois, moins de 40 € pour une case en tôle de quatre pièces et un hall d'entrée pour la cuisine au fatapera. Nous avons payé d'avance trois mois de loyer. Enfin un peu de stabilité, fini la recherche sans fin d'un appartement hors de prix sur Mahajanga-Be.

Madagascar, dernier pays à autoriser le pousse-pousse selon "Les routes de l'impossible" sur France 5

Madagascar, dernier pays à autoriser le pousse-pousse selon "Les routes de l'impossible" sur France 5

Maintenant que nous avons joué l'économie pour le logement, nous allons rester en case en tôle pour un moment en périphérie de Mahajanga, il nous fallait acquérir un moyen de locomotion abordable pour gagner en liberté. C'est ainsi que commença la quête d'un scooter. Notre choix se porta rapidement sur un "cub" de marque Sym, sorte de mobylette nouvelle génération. C'est chez un concessionnaire renommé que nous avons trouvé la bête. Elle nous a été présentée comme un Magic 125cc neuf datant de 2015. Mais je me devais de sonder d'abord le "cub" sur le web et me renseigner sur la législation du pays.

Tout d'abord, la législation. A Madagascar, il faut un permis A' pour conduire un 2 roues ≥ 50cc. Ma compagne possède un permis A qui lui permet de conduire une moto > 125cc et un permis poids lourd C mais pas de tampons pour le A' et le B. Passer son permis à Madagascar, c'est tout un art ! De mon côté, je possède un vieux permis A(L) limité à une cylindrée ≤ 80cc obtenu par équivalence quand j'ai eu le permis B par examen. Pour conduire une 125cc en France, il me faut une "carte attestation de 7 heures de formation" délivrée en moto-école. Et même avec cette carte, je ne peux pas conduire à Madagascar une "motocyclette légère". Quant à l'équivalence A(L), elle n'a pas de reconnaissance internationale. Pour résumé, pour conduire une "motocyclette légère" à Madagascar, je dois passer le permis A1 ou A2 en France... Il y avait donc un problème pour conduire le "cub". Alors, nous sommes allés à la pêche aux lois. Direction l'administration qui délivre les permis, "le Bloc", pour faire corriger celui de ma compagne, car évidemment elle n'a jamais passé les permis A et C ! Pour le corriger, il faut faire refaire le permis au format biométrique qui sera obligatoire à la fin de l'année. Il nous manquait le certificat de résidence du fokotona... Nous sommes ensuite allé voir la Police qui nous a confirmé que son permis A', acquis par erreur administrative lui conférait le permis A', ce qui est logique, pas besoin de tampon et lui permettait de conduire une cylindrée ≤ 125cc, c'est le cas du "cub" qui est un 124,6cc. Mais pour moi, la chose était plus complexe : non résident, je peux conduire avec mon permis français mais il ne me permet pas de conduire une cylindrée > 80cc. Il y avait moyen de s'arranger, comme toujours à Madagascar mais je ne voulais pas participer à la corruption ambiante généralisée. Je ne pouvais donc conduire qu'un 50cc.

Le fameux Shooka 125 du fabricant tawannais Sym, cet inconnu du web

Le fameux Shooka 125 du fabricant tawannais Sym, cet inconnu du web

Ensuite, la quête sur internet. Aucun modèle du Magic dans le catalogue 2016, et les traces que la bête a laissé sur le web sont anciennes. Nous retournons voir le concessionnaire, il me dit maintenant que ça doit être un modèle 2014 et que ce n'est pas un Magic 125cc mais sa copie conforme le Shooka 125... Je refouille le web, épluche les catalogues Sym jusqu'au catalogue 2012, donc les modèles 2011 et toujours rien. La bête neuve qui montre un compteur à 0 km aurait donc plus de 6 ans... Nous laissons tomber le Magic ! Nous verrons ou pas pour un 50cc d'occasion la semaine prochaine.

semaine 14: Are you ready ?

Un des chats errants est mort cette semaine. Son corps gisait un soir au milieu de la cour, la bave à la bouche, raide, empoisonné. Il n'était pas un habitué de notre terrain. Son empoisonneuse présumée, c'est la voisine dans la cour en face de notre case, où se trouve le compteur Jirama partagé, celle qui tue les rats avec du poison glissé dans une tomate. Elle nous a dit qu'elle avait retrouvé le chat chez elle, mais qu'elle ne l'avait pas tué. Mon oeil ! Alors cette idiote, a déposé le cadavre au milieu de la cour, comme ça pensant que son propriétaire viendrait récupérer sa dépouille. Le vieux monsieur qui vit aussi dans notre cour n'a rien fait. J'étais révolté, comment peut-on laisser un cadavre gisant à même le sol au milieu de la cour ? Etrange comportement face à la mort d'un animal. Je me suis rappelé de mon oncle défunt qui un jour avait évacué le cadavre nauséabont d'un chat rempli d'asticots du grenier de la mairie du village dont il était le premier adjoint. Il avait mis un linge sur son visage, je me rappelle de son courage face à l'odeur de la mort. Alors j'ai creusé un trou profond dans notre compost à la pioche, j'ai mis des gants, couvert mon visage, et j'y ai déposé l'animal...

Mimi, notre meillleure femelle chasseur de rats

Mimi, notre meillleure femelle chasseur de rats

Cette semaine, nous sommes partis en quête d'un scooter 50cc d'occasion. Nous avons passé en revue tous les revendeurs de Mahajanga, mais nous n'avons trouvé qu'un seul 50cc. Un commerçant karane nous a expliqué que les 50cc sont quasiment introuvables car le prix à l'import serait similaire à un 90cc voire un 110cc. Alors la plupart des vendeurs vendent ces machines en mentionnant sur la facture qu'il s'agit d'un 50cc. Selon notre commerçant karane, la combine lui aurait été même soufflée par des policiers ce qui permet à des mineurs de conduire des bolides sans permis A' et aux policiers la possibilité d'empocher des bakchichs. Le 50cc de marque Yamaha trouvé à Mahabibo était à un prix raisonnable, 1 million d'ariary soit 300 € mais ma compagne ne se voyait pas conduire cette vieille bécane ! Alors, nous avons décidé de patienter le temps aussi de régler mon problème de permis. Et ma chérie avait une autre idée derrière la tête... Alors nous sommes rentrés à la case en bajaj avec un téléviseur écran plat au prix du scooter Yamaha ! Genre le plus grand écran qu'on peut trouver à Mahajanga, un 39'', de quoi alimenter encore la jalousie dans le quartier.

Le bus arrive à Mahabibo, l'entrée du centre-ville de Mahajanga

Le bus arrive à Mahabibo, l'entrée du centre-ville de Mahajanga

Et voilà que maintenant elle veut installer une grille de protection derrière la porte de la pièce principale de notre case, de peur qu'on nous pique notre armoire, notre frigo... et notre télé. Il paraît qu'à Madagascar, les dahalo passent toujours par la porte ou la fenêtre, alors qu'un bon pied-de-biche ferait l'affaire pour écarter deux tôles. La grille de protection inutile, nous verrons la semaine prochaine, il va falloir trouver la ferraille, les charnières, le porte-cadenas et négocier la soudure. De mon côté, je pense qu'un fusil baïkal, l'arme en vogue chez les dahalo avec la kalachnikov serait bien plus dissuasif...

Quand dadabe, le cousin âgé du papa de ma compagne est venu de sa brousse lointaine manger chez nous samedi, il a fallu donner à boire du rhum aux ancêtres, pour bénir notre couple... et la télé ! Papa et dadabe ont parlé chacun leur tour devant le petit verre posé sur le sol le long de la tôle à la “tête” de la case, là où le soleil se lève. Il y avait aussi le fils de dadabe avec sa casquette “Are you ready ?”. Le soir, nous sommes sortis avec “Are you ready ?” sur le front de mer. C'était la première fois qu'il buvait du jus de coco à la paille. Pas de ça là-bas dans sa brousse très loin dans le far west où sévissent les bandes armées de dahalo. Nous l'avons emmené aussi manger des brochettes de zébu près de la banque centrale, espèce de forteresse luxueuse construite sous l'ère Ravalomanana. La viande de zébu, il connaît, l'élevage et planter le riz, c'est son job. Mais le summum, c'est la tête qu'il a fait en sortant du camion Cinéma 3D venu d'Antananarivo, après 5 minutes de montagnes russes virtuelles, avec les sièges qui bougent et tout et tout ! Quand nous sommes rentrés, nous nous sommes enfilés un quatrième repas : du poisson et du riz que nous avions fait cuire avant de partir. Il a dormi à la case, je n'ai pas pu trop échanger avec lui parce qu'il était un peu timide, et ne parlait que malgache, mais j'ai vu dans son sourire et ses yeux, qu'il avait passé une soirée inoubliable.

semaines 15 & 16: Epilogue

« Are you ready ? » est retourné avec dadabe loin au milieu de ses zébus. Il était venu à Mahajanga, son repère urbain familial, pour soigner son œil. Quant à moi, après ces deux semaines, je suis rentré à la Réunion pour reprendre le taff il y a près de deux mois.

Alphabet du sikidy

Alphabet du sikidy

Avant de partir, j'ai fabriqué une grille de protection pour protéger la pièce principale de notre case. Nous avons d'abord essayé de la faire faire, mais c'était pas gagné, les gars voulaient plus nous arnaquer qu'autre chose. Alors j'ai pris les mesures, fait un plan. Et nous sommes allés chercher nous même la ferraille. Il a fallu trouver un mec pour percer, un autre pour souder. Le soudeur s'y est repris à deux fois, il nous avait monté les charnières à l'envers. Mais comme il nous avait fait un prix d'ami, 10 000 ariary, jirama comprise... Et enfin un dernier pour fixer la grille et surtout ajuster les poutres. Moramora, sans outil, hormis une scie à métaux, sans moyen de locomotion, ça nous a pris les deux semaines ! A Madagascar, faut pas être pressé mais tout est possible : nous avons transporté des barres de 6 mètres en bus sprinter... J'arrête là cet article, je prends le bus dans deux heures et vers midi je serai... à Madagascar !

 

Update samedi 8 octobre 2016

Notes:

Vezo: une des dernières ethnies nomades de Madagascar située autour de Tuléar

Jirama: compagnie d'eau et d'électricité de Madagascar. fmg: franc malgache, monnaie nationale malgache qui a cohabité avec l'ariary jusque fin 2004. On compte encore aujourd'hui en fmg, mais la monnaie n'a plus cours.

ariary: monnaie nationale malgache. 3540 ariary = 1 euro au change informel chez les Karanes en février 2016. 3620 ariary = 1 euro en juin 2016. 3400 ariary = 1 euro le 19 juillet 2016.

dahalo: bandit de grand chemin, brigand, souvent spécialisé en brousse dans le vol de zébus.

moramora: doucement,lentement... en malgache.

fatapera: creuset à charbon de bois utilisé pour la cuisine traditionnelle malgache

bajaj Tuk Tuk: célèbre tricycle de marque indienne.

Marc Ravalomanana: Homme d'affaires, élu maire d'Antananarivo de 1999 à 2002 puis président de la république malgache de 2002 à 2009, il fut renversé par le jeune maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina.

mpisikidy: sorcier, devin empirique, qui pratique le sikidy, oracle tiré d'après l'arrangement d'un certain nombre de grains. Il indique entre autre les chemins que l'on doit suivre.

fady: Les interdits sont nombreux à Madagascar. A titre d'exemple, on n'utilisera pas le seau avec lequel on se douche pour faire la vaisselle.

Z'éclair: "bus jaune" du Conseil Général de la Réunion, un peu plus rapide que les autres qui relie Saint-Pierre à Saint-Denis. Il existe deux lignes: le Z'éclair Ouest et le Z'éclair Est.

Andry Rajoelina: Ancien disc jockey, puis chef d'entreprise et propriétaire de la radio et télévision Viva, il devient maire d'Antananarivo en 2007 puis président de la HAT, Haute Autorité de Transition de 2009 à 2013 après une grève générale contre le président Marc Ravalomanana qualifiée de Révolution ou de coup d'état selon les points de vue. Il apporte son soutien à son ministre des Finances, Hery Rajaonarimampianina, l'actuel président de la république.

diallo 20/08/2016 22:33

merci et merci je suis mort de rire

diallo 20/08/2016 22:32

je me suis regaler a lisant ce blog merci j'suis mort de dire tu racontes bien les choses j'ai été madagascar un beau mais j'vais l'impression que c'etait le moyen age dans certains endroit la bas .j'arrete de rire ton histoire de rat et are you ready le villageois ainsi les truc de sorcellerie je l'ai vecu merci Un pays tres bizarre