Vol UU612 pour Saint-Denis

par feeld  -  10 Août 2015, 23:59  -  #Madagascar

Vol UU612 pour Saint-Denis

J'étais aujourd'hui sur le vol UU612 d'Air Austral chargé de rapatrier une partie des centaines de Réunionnais bloqués à Tana. J'ai déjà pris ce vol régulier programmé à 12h55 sans aucun problème, mais je me rappellerai de ce lundi 10 août.

J'avais réservé un billet depuis plusieurs semaines. De retour vendredi soir sur Tana, après un périple dans l'ouest malgache, j'apprends sur le web que plusieurs centaines de Réunionnais sont bloqués dans la capitale suite aux avaries d'Air Madagascar. Mais je n'y prête guère attention, la presse malgache fait alors la Une sur la cacophonie des Jeux des Iles de l'Océan Indien et ce lundi 10 août, sur l'incendie criminel du studio de Viva TV du MAPAR de Rajoelina à Fianarantsoa suite aux élections communales du 31 juillet. Peu de vazahas en ville ce week-end, très peu même, encore moins de Réunionnais. Normal, ils sont à l'aéroport... Bref, ce matin je me réveille avec un sms d'Air Austral qui m'apprend que mon vol est retardé, et partira à 15h05 : « … Air Austral vous présente ses excuses pour les désagréments causés. » J'arrive à Ivato à midi, tranquille et là je vois plein de Réunionnais faire la queue depuis des heures, des jours même paraît-il. Et la galère commence...

Je me renseigne, me mets dans ce que je pense être la bonne file, refuse de griller mes compatriotes pour quelques ariary malgré l'insistance des bagagistes et attend mon tour. Mais après deux heures, je n'ai avancé que de quelques mètres... Et les files se démultiplient, il n'y a que deux guichets d'enregistrement, c'est l'embouteillage puis un véritable champ de bataille. Ca grille de partout, avec l'aide des bagagistes, en suivant les fauteuils roulants, les douaniers... Je reste figé, peur de défoncer la cheville d'un douanier avec mon chariot. J'apprends alors que je suis vraiment dans la bonne file face au guichet enregistrant les réservations d'Air Austral, mais devant moi des Réunionnais des vols Air Mad bloquent l'accès car on leur refuse la carte d'embarquement. Ils sont dans la mauvaise file, et doivent refaire la queue devant l'autre guichet pour pouvoir embarquer à condition qu'ils soient inscrits sur la liste des rapatriés. Mais c'est impossible pour eux de faire demi-tour, d'autant qu'ils campent depuis le matin et qu'ils savent que tous n'embarqueront pas... Le ton monte, j'en profite pour tenter un forcing, et à 15 heures, j'arrive au bon guichet. J'obtiens ma carte d'embarquement, mais un mec mécontent de me voir embarquer commence à déchirer l'autocollant d'enregistrement de ma valise sur le tapis roulant. J'entends autour de moi : « Pourquoi on laisse passer les vazahas ? » Manque d'informations, ou plutôt absence totale d'informations ! L'heure de l'aéroport a 10 minutes d'avance, sur l'heure réelle ! Au moins pour l'heure, ils sont en avance... Il est 15h30, j'ai passé le contrôle des passeports. Le vol ne décollera que deux heures plus tard... Je croise dans les toilettes le Réunionnais qui avait tenté de déchirer l'autocollant de ma valise, discute avec un mec de la Région Réunion qui a réussi à obtenir une réservation sur Air Austral au lieu d'être sur la liste des rapatriés d'Air Mad, un autre me dit qu'il a filé des ariary pour être sur cette fameuse liste... J'écoute autour de moi, les péripéties de chacun, le Malbar face à son menu unique, assiette de zébu, dans l'hôtel réservé par Air Mad ! Je me retrouve en classe confort, du bol, mais avec un sandwich Air Mad, alors pour compenser le steward me double mon planteur ! J'arrive à Roland Garros vers 19h30, je suis le deuxième à sortir de l'avion et dans les premiers à récupérer ma valise. Il me reste 15 minutes pour passer la douane pour prendre le dernier bus de 20 heures, la ligne T des bus jaunes. Avec ma tête de dahalo, ça va être encore chaud ! Je vais vers eux direct, les frôle même ! J'en passe un, deux, trois, quatre. Le cinquième douanier est une femme, elle me bloque, me demande si je viens de métropole ! Si je dis Mada, c'est mort, elle va croire que j'ai une valise remplie à bloc d'Artane. Je réponds : « Madagascar ! »

Et là, contre toute attente, l'avant-dernier douanier enchaîne et me dit : « Content d'être rentré ! » Il est 19H50, je lui réponds « Excusez-moi monsieur, mais je vais louper le dernier bus... »

Notes:
"Tana": abréviation pour parler de Tananarive,Antananarivo
vazaha: étranger, surtout européen
ariary: monnaie nationale malgache
dahalo: bandit